WCD 2015 Vancouver - Débat sur l’épidémie de mélanome, conseils dermatoscope, virus et cancer | BIODERMA France

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13 Juin 2015

WCD 2015 Vancouver - Débat sur l’épidémie de mélanome, conseils dermatoscope, virus et cancer

Voici le dernier jour du Congrès Mondial de Vancouver et tout naturellement, c’est l’occasion de faire un premier bilan de cette 23ème édition : 11 561 délégués sur place, 271 sessions, 4562 présentations individuelles… Dans cette très belle ville de Vancouver, nous avons été très heureux de participer à cet événement majeur de la spécialité et encore davantage de vous donner la possibilité de le suivre à distance. Nous espérons avoir répondu à vos attentes et vous avoir donné envie de vous rendre à Milan pour le 24ème congrès mondial en 2019 !  Nous vous proposons de retrouver encore une fois nos 3 dermatologues correspondants sur place, que nous tenons à les remercier de leur engagement à nos côtés.

World congress of dermatology - Vancouver 2015

 

Controverse :
L’épidémie de mélanome est-elle réelle ou est-elle un artefact d’un diagnostic agressif ?
Pour : Dr Jason RIVERS (Vancouver ), 
Dr Darrell RIGER (New-York )
Contre : Dr Earl Glusac (USA)
Par le Dr Florence Corgibet

Pour : Dr Jason RIVERS (Vancouver )Dr Darrell RIGER (New-York )
Elle est réelle car :
1. Contrairement à d’autres cancers, l’incidence du mélanome augmente partout dans le monde même dans les pays qui n’ont pas de campagne de dépistage.
2.  Le nombre absolu de mélanomes épais continue d’augmenter, entraînant une augmentation constante de mortalité en partie aussi à cause des mélanomes fins car ils peuvent métastaser.
3.  L’augmentation de mélanomes n’est pas expliquée statiquement par l’âge croissant de la population générale.
4.  Comment expliquer autrement que par une épidémie que le pourcentage de survie de patients atteints de mélanome augmente alors que le taux de mortalité continue d’augmenter (en France aussi, passant de 1,3 à 2,8/ 100K :  Le Blanc Ann Dermatol Venereol 2013) ?
5. L’augmentation du mélanome est probablement sous-estimée (peut-être dans une proportion de 30 à 40 % dans différentes études aux US, 20 à 25 % en Belgique !) car il n’y a pas de registres vrais de mélanomes et de nombreux patients sont pris en charge hors du milieu hospitalier.
Il conclut : « ça ressemble à un canard, ça sent comme un canard, ça caquette comme un canard, c’est un canard jusqu’à preuve du contraire »

Contre : Dr Earl GLUSAC ( USA)
Elle est surestimée car :
1. Les campagnes de dépistage ont artificiellement élevé l’incidence du mélanome.
2. La peur de manquer un mélanome conduit à pratiquer plus d’exérèses et  plus de biopsies-exérèses conduisent à diagnostiquer plus de mélanomes.
3. Des critères histologiques pas assez « stringents » de mélanomes conduisent à des diagnostics plus fréquents par les histologistes en particulier non spécialisés.
4. Les techniques de statistiques se sont améliorées et le décompte est mieux fait.
5. L’augmentation d’incidence du mélanome est surtout liée aux mélanomes fins qui n’auraient peut-être pas provoqué de maladie. 6. Le public est probablement inquiété excessivement ce qui augmente le dépistage.
L’orateur fait le rapprochement avec le cancer de la prostate.
Il existe dans le mélanome ce que l’on appelle en statistique un réservoir : des cellules qui ont les caractéristiques histologiques de cellules cancéreuses mais qui n’en ont probablement pas les possibilités évolutives, comme dans le cancer de la prostate (dont on constate actuellement les diagnostics excessifs) contrairement aux cancers du côlon ou du col utérin où toute dysplasie entraîne un cancer. Ces deux cancers ont connu un pic de détection lorsqu’un meilleur dépistage a été réalisé et maintenant l’incidence diminue ce qui prouve l’efficacité du dépistage… Ce n’est pas le cas dans le mélanome.

Allez, on continue de prendre notre dermatoscope +++ Par le Dr Florence Corgibet

Quelques perles dermoscopiques pour finir :
- Le dermatoscope en lumière polarisée est préférable pour le cuir chevelu car il permet une meilleure visualisation des vaisseaux qui sont tortueux dans le psoriasis et augmentés en nombre et télangiectasiques dans la dermite séborrhéique
- Le prurit du cuir chevelu est très fréquent dans la dermatomyosite avec un cuir chevelu rouge avec ou sans alopécie diffuse. On voit en dermoscopie les mêmes vaisseaux polymorphes que ceux vus en capillaroscopie dans le repli proximal +++
- Voir des touffes de + de 6 cheveux agglutinés ensemble en dermoscopie permet d’orienter le diagnostic vers celui de folliculite décalvante totale. En-dessous de 6, le diagnostic est plus en faveur d’un lichen pilaire 
- Une tache jaune du lit de l’ongle (yellow spot ) signe l’exostose
- Toujours regarder la tranche de l’ongle et pas que la surface : on y voit l’onychopapillome au bout d’une mélanonychie longitudinale ou le Bowen au bout d’une érythronychie  longitudinale, les trous bruns au bout d’un onychomatricome…

Virus et cancer – Patrick Moore (Pittsburgh) Par le Dr Jean-François Sei

Le Pr Patrick Moore de l’Université de Pittsburg  Cancer Institute a rappelé, en séance plénière, que 20 % des cancers humains sont causés par des virus, soit 1 cancer sur 5 est viro-induit : le Virus Epstein Barr a été découvert en 1964, les HPV oncogènes en 1983, l’herpès virus HHV 8 du Kaposi en 1994 et le polyomavirus du Merckell en 2006, ces deux derniers virus découverts dans son laboratoire. La révolution génétique a permis de découvrir 11 nouveaux polyomavirus dans les 8 dernières années et plus de 200 papillomavirus sont décrits à ce jour, dont certains sont oncogènes. Le schéma de la carcinogenèse induite par les virus fait intervenir de très nombreuses étapes : infection souvent précoce voire dans l’enfance (comme cela est le cas du polyomavirus ) puis phase de latence, intégration de fragments de génome viral dans certaines cellules puis, à la faveur de co-facteurs (baisse de l’immunosurveillance par immunodépression, grand âge, les ultraviolets ou certains toxiques ) déclenchement d’une prolifération maligne. La survenue de carcinome épidermoïde cutané chez les transplantés souligne le rôle de l’HPV. Par ailleurs, Bertrand Richert indique dans une série récente que le carcinome épidermoïde unguéal est le plus souvent lié à l’HPV 16 , ce qui ouvre des perspectives sur la prévention de certains cancers par la vaccination .