WCD 2015 Vancouver - Dermoscopie et pathologies inflammatoires, alopécies féminines, dermoscopie de la gale, dermoscopie et diagnostic, lésions pigmentées faciales | BIODERMA France

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12 Juin 2015

WCD 2015 Vancouver - Dermoscopie et pathologies inflammatoires, alopécies féminines, dermoscopie de la gale, dermoscopie et diagnostic, lésions pigmentées faciales

Alors que le beau temps était au rendez-vous depuis l’ouverture du Congrès, une tempête de vent s’est déclenchée dans la nuit de jeudi à vendredi sur une grande partie de la Colombie-Britannique. Les vents ont soufflé jusqu’à 90 km/h avec de gros dégâts à Vancouver, des arbres arrachés et de nombreux foyers privés d’électricité. Au Convention Center, le programme suit son cours et vendredi a encore été riche d’enseignements. Le point avec nos correspondants dermatologues sur place…

World congress of dermatology - Vancouver 2015

 

La vie du Congrès Mondial de Dermatologie Par le Dr Florence Corgibet

Rappelons où se sont déroulés les précédents congrès :

 

“And now, ladies and gentlemen, the winner is …” :
le 24th World Congress of Dermatology se tiendra à Milan en 2019
Félicitations au Pr Brigitte Dréno qui a été élue Regional Director pour l’Europe dans le Board de l’ILDS et proposée lors du 1er bureau de l’ILDS au poste de Trésorier.
3 dermatologues libéraux français présentent une communication au World Congress : Sandra Ly, Jean-Michel Amici et Jean-François Sei. Bravo !!!!

L’« inflammoscopie » ou l’application aux pathologies inflammatoires de la dermoscopie - Penny Poh Lu Lim (Australie) Par le Dr Florence Corgibet

3 critères permettent de distinguer les différentes pathologies inflammatoires : le type des vaisseaux et leur arrangement, la couleur des squames et leur arrangement, et la couleur du fond, en rajoutant bien sûr l’histoire et l’examen cliniques.

  • Le psoriasis : vaisseaux en points régulièrement distribués, squames blanches  centrales, fond rouge clair
  • La dermatite atopique : vaisseaux en points regroupés en plaques, squames jaunes en plaques, fond rouge sombre
  • Le lichen plan : vaisseaux en points ou linéaires à la périphérie, lignes blanches (stries de Wickham) +/  squames diffuses, fond rouge-violacé
  • Le pityriasis rosé de Gibert : quelques vaisseaux en points à la périphérie, squames blanches réparties à la périphérie en collerette, fond jaunâtre-brunâtre
  • Le pityriasis rubra pilaire : vaisseaux linéaires et en points, aires jaunes rondes ou ovalaires

Traitement des alopécies féminines par minoxidil à faibles doses per os – Rodney Sinclair (Sydney)  Par le Dr Rémi Maghia

Rodney Sinclair, Sydney, est un expert mondial du cheveu. Il a présenté ses résultats préliminaires et très intéressants concernant le traitement des alopécies féminines par minoxidil (MIN) à faibles doses per os.
Il est parti du fait qu’un certain nombre de femmes ayant obtenu des résultats très positifs avec le minoxidil topique pour leur alopécie androgénétique féminine (AAGf), ont été très déçues en raison d’un arrêt imposé par un eczéma de contact à la lotion. Il a alors envisagé d’imaginer une autre voie pour conserver l’efficacité initiale. Le MIN oral est un médicament anti-hypertenseur. Dans cette indication, les doses thérapeutiques commencent à 5 mg/j et peuvent être augmentées jusqu’à 40 mg /j, maximum 100mg/j. Ses effets secondaires sont d’ordre cardio-vasculaire, gain de poids, rétention de sodium, œdème temporaire, hypertrichose (24 à 100 %). L’idée est d’associer la spironolactone à faible dose : c’est un épargneur de potassium aux propriétés anti-androgéniques, utilisé parfois dans le traitement de l’AAGf.
100 femmes avec une AAGf ont été traitées pendant 1 an avec des capsules contenant des doses faibles de MIN et de spironolactone. Contrôles cliniques et biologiques tous les 3 mois. Résultats : réduction des scores de sévérité (réduction moyenne de 0.85 à 6 mois, et de 1.3 à 12 mois). Baisse de TA bien tolérée. Pas d’hyperkaliémie ni d’anomalie des tests sanguins. 2 patientes ont eu une urticaire. Le traitement une fois par jour per os par doses faibles de minoxidil et spironolactone apparaît « safe » et efficace dans le traitement de l’AAGf. Une phase IIb contre placebo est en voie de démarrage. A noter que R. Sinclair n’a pas donné les doses…secret…agent secret Sinclair…

Nouveautés dans la dermoscopie de la gale - J.Yoshimizumi (Tokyo) Par le Dr Rémi Maghia

- Où chercher des signes de gale avec son dermatoscope ?  Les paumes, les poignets, les plis, entre les doigts, certes. Mais surtout le sarcopte n’est pas dans les papules, il se situe dans les sillons.
- Pas de gel, faire à sec (« dry dermoscopy »), le dermoscope à lumière polarisée est le plus adéquat. En effet, tout liquide rend la galerie invisible car il efface la desquamation de la couche cornée.
- Le signe du sillage !!! Quand un canard avance sur l’eau, son sillage dessine un V. Dans la gale, ce V se situe dans la queue du sillon. Ce qui au final dessine un Y dont la pointe inférieure situe le lieu d’avancée du sarcopte.
- Le saviez-vous ? La galerie fait 0 ,4 mm de diamètre ( = diamètre du sarcopte).
- Un écueil : une petite croûte hémorragique peut mimer le sarcopte, mais elle est située en dehors de la structure de la galerie.
- Ne pas compter sur les signes classiques dermoscopiques en cas de gale hyperkératosique, ils sont masqués par l’épaisseur des croûtes !!! Examen parasitologique et/ou biopsie sont le recours.

Le dermatologue expert en dermoscopie – Giuseppe Argenziano (Naples ) Par le Dr Jean-François Sei

Giuseppe Argenziano explicite le processus cognitif du Dermatologue expert en dermoscopie : ce processus mental se déroule selon lui en 3 temps : « Blink , Think , Compare »
« Blink » est le diagnostic en un clin d’œil : cette reconnaissance immédiate repose sur l’expérience acquise au fil du temps. Les arguments du diagnostic sont donc éventuellement analysés secondairement pour conforter un diagnostic déjà fait : c’est le raisonnement « Top to Bottom », du sommet (le diagnostic) à la base (les arguments du diagnostic). C’est le mode de reconnaissance utilisé le plus souvent dans la vie courante pour, par exemple, diagnostiquer un psoriasis ou reconnaître un éléphant…
« Think » est la deuxième étape, rendue nécessaire par l’absence de diagnostic immédiat. Cette fois, il s’agit d’analyser finement la séméiologie lésionnelle pour aboutir à un diagnostic : c’est le « Bottom to top » au cours duquel la séméiologie (Bottom ) permet le  diagnostic (Top) .
« Compare » est le troisième temps du processus cognitif : devant une image suspecte qui laisse encore planer un doute sur sa nature bénigne ou maligne, et ce en particulier dans le cas d’un naevus « suspect », la comparaison avec les autres naevus du patient apporte des renseignements supplémentaires : si le patient est porteur d’un seul naevus de ce type, c’est le vilain petit canard, décrit tout d’abord cliniquement mais tout aussi pertinent en dermoscopie : ici, une biopsie-exérèse s’impose. En revanche, si cet aspect « suspect » est retrouvé sur de nombreux autres naevus du même patient, la lésion est très certainement bénigne et cette comparaison rassurante aura permis d’éviter une exérèse inutile.
Il donne aussi quelques clés pour différencier un naevus récurrent après exérèse (pseudomélanome d’Ackerman avec ses difficultés diagnostiques) d’un mélanome récurrent (MR) : le naevus récurrent touche un sujet plus jeune (en moyenne 35 ans versus 63 ans pour le mélanome récurrent) et la récurrence est plus rapide (8 mois versus 25 mois ). L’architecture la plus fréquente en dermoscopie est faite de lignes radiales dans le NR et de cercles dans le MR (souvent un Dubreuilh ). Mais l’argument le plus pertinent reste la localisation de la pigmentation de la récurrence : elle reste dans la cicatrice pour un NR alors qu’elle la déborde dans un MR.

Lésions pigmentées faciales – Iris Zalaudek (Autriche) Par le Dr Jean-François Sei

Iris Zalaudek a présenté 2 nouvelles informations concernant les lésions pigmentées faciales :
- Le mélanome de Dubreuilh ( JAAD 2015) se localise différemment selon le sexe : chez la femme , c’est le plus souvent une macule pigmentée isolée de la joue alors que chez l’homme les localisations préférentielles sont la pointe du nez, les zones pré et rétro-auriculaires et le scalp.
- Le diagnostic différentiel est difficile entre le mélanome de Dubreuilh et la kératose actinique pigmentée : en dermoscopie, les orifices folliculaires apparaissent blancs dans la kératose actinique, du fait des bouchons cornés hyperkératosiques, alors qu’ils sont bordés de gris dans le Dubreuilh, du fait de la prolifération mélanocytaire maligne : ces cercles gris sont très évocateurs de mélanome.
Dans tout les cas, Iris recommande d’éviter de traiter par laser ou azote liquide toute lésion pigmentée pour laquelle le moindre doute subsiste car ces interventions pourraient modifier l’histoire naturelle de la lésion et rendre un éventuel mélanome plus agressif : la biopsie orientée, de préférence par shaving (simple, rapide, ne laissant quasiment aucune cicatrice) permet de préciser  le diagnostic.