WCD 2015 Vancouver- les 3 sociétés francophones de dermatologie à l'honneur

Allez au contenu Allez à la navigation

09 Juin 2015

WCD 2015 Vancouver - KPA en pédiatrie, cancers péri-oculaires, rosacée et herpès génital

Effervescence au Convention Center de Vancouver où le Congrès Mondial de Dermatologie bat son plein avec des dermatologues venus du monde entier, heureux de pouvoir se retrouver et échanger. Le soleil est au rendez-vous, mais au bord de l’océan Pacifique, l’essentiel est à l’intérieur ! Beaucoup de monde sur le magnifique stand Bioderma mais aussi dans les conférences, où les orateurs se succèdent pour faire part de leurs dernières recherches et retours d’expériences de traitement. Nous retrouvons nos envoyés spéciaux pour leur sélection du jour.

World congress of dermatology - Vancouver 2015

La signification de la kératodermie palmaire aquagénique (KPA) en pédiatrie – Dr Lisa Weibel de Zurich (Suisse) par le Dr Florence Corgibet

L’orateur montre le cas d’une jeune fille de 17 ans dont le diagnostic de mucoviscidose (MV) a été porté à l’âge de 2 ans et qui souffre d’une KPA apparaissant après 3 mn d’immersion dans l’eau avec sensation d’inconfort, de picotements, brûlures, doigts boudinés. Elle présente par ailleurs des ongles bombés. La KPA est retrouvée dans 41 à 84 % des MV. Les « rides » des doigts surviennent chez les sujets sains au bout de 11 min d’immersion, mais de seulement 3 min dans les MVs et 7 min chez les porteurs sains. Le dépistage néo-natal de la MV peut ignorer les formes frustres ou atypiques ou les porteurs sains. En cas de découverte d’une KPA et après avoir éliminé les autres causes (marasme, hyperhidrose palmo-plantaire, dermatite atopique et certains médicaments : inhibiteurs de l’enzyme de conversion de l’angiotensine, anti-inflammatoires non-stéroïdiens et COX-2 inhibiteurs), il est important de rechercher les signes discrets de MV : fatigue chronique, sinusite chronique, polypes nasaux, douleurs abdominales, ongles bombés, problèmes respiratoires, stérilité,… dont la présence doit conduire à un dépistage génétique. En revanche, en l’absence de cause évidente et de signes évocateurs de MV,  ne rien faire en-dessous de l’âge de 18 ans mais après 18 ans, il est recommandé de discuter avec le patient d’une exploration génétique. La toxine botulique, les crèmes à l’urée, l’hydroxyde d’aluminium topique, les corticoïdes locaux peuvent être utilisés pour le traitement de la KPA. Celle-ci permet d’ailleurs de tester l’efficacité de l’Ivacaftor utilisé dans la MV.  

Ophtalmologie en dermatologie, la prise en charge des cancers péri-oculaires – Dr David Zloty de Vancouver (Canada) par le Dr Florence Corgibet

Quelques chiffres : les basocellulaires représentent  80 à 95 % de ces tumeurs, les épidermoïdes 5 à 10 %, les carcinomes sébacés 1 à 5 %, le mélanome 1%.  Le diagnostic peut être très  difficile et il faut biopsier très rapidement toute lésion qui résiste au traitement symptomatique (type chalazion) et au moindre doute. Les signes évocateurs sont la perte de cils, la présence de télangiectasies ou d’un érythème qui progressent, d’une induration ou d’un épaississement, d’un saignement, d’une érosion ou ulcération , d’une encoche,  surtout si les choses persistent depuis longtemps. Une tumeur de couleur jaunâtre est évocatrice de carcinome sébacé et doit faire rechercher un syndrome de Torre et Muir. Le traitement de ces tumeurs est la chirurgie avec des marges latérales suffisantes et très souvent le recours à la chirurgie de Mohs dans les tumeurs infiltrantes qui sont souvent bien plus envahissantes et étendues que ne le laissait soupçonner la clinique. Une étude a montré qu’une marge de 8,4 mn était nécessaire en moyenne dans les mélanomes de Dubreuilh (MD) (de 4 à 19,5 mn). L’imiquimod doit être réservé à quelques cas très sélectionnés de MD, la cryochirurgie à des praticiens très entraînés, la radiothérapie à des contre-indications formelles de la chirurgie. Des explorations complémentaires peuvent se justifier en fonction du diagnostic et de l’envahissement (imagerie, ganglion sentinelle,…). L’approche multi-disciplinaire (chirurgiens oculo-plasticiens, oncologues, …) est souvent très précieuse pour ces tumeurs qui, mal gérées, en particulier après des radiothérapies inappropriées, peuvent avoir des conséquences dramatiques (exentération,…). 

Gestion thérapeutique de la rosacée, revue d’ensemble – Dr Diane Thiboutot, de Hershey Pennsylvanie (USA) par le Dr Rémi Maghia

Une revue Cochrane d’avril 2015 répertorie comme traitements à haute qualité de preuves d’efficacité : acide azélaïque topique, ivermectine topique, brimonidine topique, doxycycline, isotrétinoine. Qualité modérée de preuves : métronidazole topique, tétracycline orale. Basse qualité de preuves pour : faibles doses de minocycline, laser et lumière pulsée, émulsion ophtalmique de ciclosporine pour la rosacée oculaire.
Quelques particularités liées à certains traitements. L’oxymétazoline est un agoniste du récepteur alpha1 adrénergique induisant une vasoconstriction, actuellement en essai clinique. Les rapports post-marketing concernant la brimonidine signalent chez 10 à 20 % des patients un effet rebond de l’érythème ou une allergie de contact. Le carvedilol est un béta/alpha1 bloqueur non sélectif. Per os il a donné en 3 semaines une amélioration significative de l’érythème facial dans une petite étude. L’ivermectine en crème a été approuvée par la FDA comme traitement de la rosacée au vu de 2 études randomisées contre placebo de 12 semaines. Deux extensions de 48 semaines de ces études ont montré une amélioration supplémentaire, avec plus de 70 % d’amélioration des lésions. Une étude européenne montre une efficacité supérieure d’une crème à 1 % d’ivermectine vs crème à 0.75 % de métronidazole.

Analyses Cochrane des traitements de l’herpès génital – Pr Olivier Chosidow de l’hôpital Henri Mondor de Créteil (France) par le Dr Rémi Maghia

Pour le traitement de la primo-infection commune : per os,  pendant 7 à 10 jours, d’acyclovir (ACV) 200 mg 5X /jour, ou ACV 400mg 3X/j, ou valaciclovir (VCV) 1g 2X/jour, ou famciclovir (FCV) 250 mg 3X/jour. Pas de différence entre les 3 médicaments dans un grand essai contrôlé randomisé. Les formes topiques ne sont pas recommandées.
Pour la prévention des récurrences : ACV 400 mg 2X/jour, ou VCV 500 mg 1X/jour, ou VCV 1g x/jour, ou FCV 250 mg/j, avec réévaluation du traitement périodiquement (1 x/an). ACV, VCV et FCV font mieux que le placebo chez les patients avec plus de 4 récurrences par an. Pas de supériorité d’un médicament sur l’autre. Pour le traitement de la récurrence d’herpès génital : per os, 5 jours des doses suivantes : ACV 200 mg 5X/j, ou ACV 400mg 3X/ jour, ou ACV 800 mg 2X jour, ou VCV 1g/j en une prise, ou FCV 125 mg 2X/j.
Schémas plus courts : 2j d’ACV 800 mg 2X/j, ou 3 j de VCV 500 mg 2X/j, ou 2 j de FCV 250 mg 2X/j, ou 1 j de FCV 1 g x 2.