WCD 2015 Vancouver- les 3 sociétés francophones de dermatologie à l'honneur

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08 Juin 2015

WCD 2015 Vancouver - La langue française à l’honneur avec le Meeting des Sociétés Francophones de Dermatologie

Evénement dès le 1er jour du Congrès Mondial de Dermatologie, les 3 sociétés francophones de dermatologie, Société Française de la Dermatologie (SFD), l’Association des Dermatologues Francophones (ADF) et l’Association des Dermatologistes du Québec (ADQ) se sont réunies pour la première fois, ce lundi 8 juin. Tout un symbole dans un pays comme le Canada si impliqué dans la défense de la langue française ! Florence Corgibet, Rémi Maghia et Jean-François Sei, nos 3 médecins dermatologues en reportage sur place vous font vivre l’essentiel de cette première journée aussi ensoleillée que chaleureuse. 

World congress of dermatology - Vancouver 2015

L’histoire de la dermatologie francophone par le Dr Florence Corgibet

Cette session a été très chaleureuse et très intéressante, permettant à chaque instance organisatrice, entre autres, de faire le point sur sa propre contribution à la production scientifique dermatologique internationale. Un compte-rendu plus exhaustif paraîtra dans la revue de la FFFCEDV, DermatoMag. Nous vous en livrons quelques morceaux choisis dès à présent.
Bernard Cribier, 13ème rédacteur en chef des Annales de Dermatologie, organe officiel de la SFD, nous en retrace brillamment l’historique à l’occasion des prochains 150 ans de la revue fondée le 20 novembre 1868, par un médecin libéral à Uriage, Adrien Doyon, dans la fin du Second Empire et 3 jours avant l’invention de la photographie couleur. C’est la première fois que le terme dermatologie apparaît, le tout 1er journal  de la spécialité, italien, paru en 1866, ne parlant que des maladies vénériennes et de la peau. Le  1er numéro propose comme 1er article : « Contribution à l’étude du Rhumatisme Blennorragique », comporte 513 pages et parle surtout de vénéréologie mais expose aussi un éléphantiasis du nez, la teigne, les dermatoses de la grossesse. Dès le début, apparaissent le résumé d’autres revues et de la FMC. L’éditeur est Victor Masson, nom qui sera heureusement gardé par Elsevier bien plus tard. La SFD sera fondée en 1889, publie son propre bulletin et la fusion entre ce bulletin et les Annales n’aura lieu qu’en 1977. En 2008, apparaît le processus éditorial en ligne facilitant la publication, le flash code en 2014 pour la dermatologie chirurgicale. Est prévue la publication d’un article en anglais tous les 2 numéros, accessible gratuitement en ligne avec traduction en français, accessible sur le site de la SFD. 

L’histoire de l’Association des Dermatologues Francophones (ADF) par le Dr Rémi Maghia

Jean-Luc Schmutz nous a rapporté l’historique de l’ADF, soit la belle idée de fédérer les dermatologues francophones au-delà des frontières. Sans revenir à l’initiation, qui a germé en 1921, il faut savoir que les statuts de l’ADF apparaissent au JO de 1923, et sont restés tels quels jusqu’en 1999. Le premier congrès a eu lieu à Paris en 1922, 179 participants, (64 parisiens, 36 provinciaux et 79 étrangers). Les premiers congrès ont eu lieu en France, puis il y a eu une phase d’exportation. Le logo, sous l’impulsion du Pr Achten, a été créé par un peintre, Akos Szabo, figurant à la fois la statue de Vénus (la beauté !) et le globe terrestre, représentant le rayonnement mondial. 2 éléments prémonitoires ? La révision des statuts a eu lieu en 1994 sous l’impulsion des Pr Belaisch et Revuz, permettant une ouverture au niveau du bureau à des dermatologues non français. Le congrès a lieu en général tous les 2 ans, empreints d’une grande convivialité. Les autres actions sont la séance scientifique lors des JDP, la bourse pour les internes et en 2014, la journée peau noire au cours des JDP. Le prochain congrès, le 30ème, auxquels nous sommes tous conviés, aura lieu à Abidjan, Côte d’Ivoire, en 2016, du 20 au 23 avril !

La maladie de la baie de St Paul par le Dr Florence Corgibet

Christian Drouin de l’ADQ, expose la maladie de la baie de St-Paul, la plus importante de l’histoire médicale canadienne. Elle reste mystérieuse 250 ans après, touchant uniquement  la population rurale canadienne française (près de 30 %), très contagieuse et longtemps considérée comme «  une syphilis, point à la ligne ! ». Elle est décrite en 3 phases cliniques : ulcérations buccales puis cutanées, douleurs osseuses puis exostoses et destruction du cartilage nasal, donc mutilante et douloureuse. La contamination n’est pas sexuelle mais favorisée par la promiscuité et l’hygiène médiocre. Le traitement par le mercure doux aboutit à des catastrophes et dévoile la médiocrité des médecins.  Dans la foulée, un diplôme universitaire devient obligatoire mais seulement pour les non britanniques. Il s’agit donc d’une Tréponématose endémique, soit type Sibbens écossais et apportée par les soldats écossais pendant la guerre, soit plutôt, selon les propres recherches de l’orateur,  favorisée par les « ex-coureurs des bois »  au contact des populations amérindiennes, assimilable alors au Béjel, comme en témoignent les anomalies squelettiques retrouvées dans des tumulus au pays des Illinois.

La francophonie scientifique, de Séoul à Vancouver par le Dr Rémi Maghia

Marie-Aleth Richard, présidente de la SFD, a évoqué l’organisation de l’activité scientifique de celle-ci, inscrite dans ces statuts. Elle vise à promouvoir la recherche académique (440 K€) et la recherche en secteur libéral (100 K@). 2 appels d’offres annuels, 40 K€ maximum par projet. Le conseil scientifique comprend 19 membres ; il analyse les demandes de subvention, élabore une grille d’évaluation, basée sur l’originalité, la faisabilité, la méthodologie et l’intérêt du projet. Ainsi, pour le premier appel d’offre 2015, il y a eu 14 projets financés pour un total de 216 000 €. Le but est de promouvoir la formation à la recherche, dans le cadre d’une formation de type master, doctorat ou post-doctorat ou d’une mobilité à l’étranger. Les subventions annuelles sous forme de bourses sont de 235 K€. Les groupes thématiques de la SFD sont au nombre 27. Le nombre moyen par groupe est de 112 membres (de 25 pour le groupe recommandations, l’ARED, à 482 pour le groupe Laser). Les groupes sont très dynamiques, sur le plan des réunions, des échanges, des orientations, des actions et de la production. Les publications de la recherche figurent dans les Annales, articles originaux en français, les congrès (JDP, JDIP, quatre saisons de la dermatologie). La SFD participe aussi à la promotion de la médecine fondée sur les preuves : conférences de consensus, PHRC, recommandations, et prochainement le centre de Preuves, suite à la convention signée avec d’une part CEDEF (collège des enseignants) et FFCEDV  (fédération de formation continue des dermatologues libéraux) et la HAS (haute autorité de santé) d’autre part.

2 exemples de production française d’excellence didactique et scientifique par le Dr Jean-François Sei

Marie Beylot-Barry a brillamment présenté les principales publications françaises des 3 dernières années. Nous en retiendrons ici 2 :

  • La survenue d’un Carcinome Epidermoïde Cutané chez les transplantés rénaux représente un risque vital et nécessite donc une adaptation du traitement immunosuppresseur. Les résultats d’un travail multicentrique coordonné par Sylvie Euvrard ont été publiés dans le New England Journal of Medicine et portent sur 120 patients greffés rénaux ayant eu un CEC : ces patients sont randomisés après le traitement chirurgical d’exérèse et vont, soit rester avec leur traitement immunosuppresseur habituel, soit switcher pour du Sirolimus (anti mTor) comme seul traitement préventif du rejet de greffe.

Les résultats sont en faveur du groupe Sirolimus avec :
- moins de nouveaux CEC (22 % au lieu de 39 %)
- un délai d’apparition plus long de l’éventuel nouveau CEC (15 mois au lieu de 7 mois)
Il n’y a pas de rejet de greffe, mais les effets secondaires sont plus fréquents dans le groupe Sirolimus, ouvrant pour chaque cas particulier le problème de savoir si, en pratique, le switch est pertinent en fonction de la gravité du CEC.

  • Le traitement des hémangiomes infantiles par le propanolol, découvert par Christine Labrèze, après avoir été un fait d’observation est un exemple de découverte médicale par sérendipité. Aucun essai contrôlé n’avait été effectué : un essai randomisé multicentrique avec 460 patients de 1 à 5 mois présentant un hémangiome infantile est paru en 2015 dans le New England Journal of Medicine. Les enfants ont été randomisés en 5 groupes ( Placebo , 1 mg/kg et 3 mg/kg pendant 3 mois, et 1 mg/kg et 3 mg/kg pendant 6 mois) et les résultats sont jugés en terme de tolérance et d’efficacité à 6 mois. L’amélioration clinique s’observe dès la 5ème semaine chez 88 % des patients versus 5 % des patients sous placebo et la dose de 3 mg/kg/jour maintenue 6 mois s’est révélée comme la plus efficace, avec 60 % de succès versus 4 % avec le placebo. Les effets secondaires attendus du propanolol (hypoglycémie, bradycardie, hypotension et brochospasme) sont peu fréquents et peu différents de ceux observés dans le groupe placebo. 10 % des patients ont à nouveau une évolution de leur hémangiome à l’arrêt du traitement surtout dans les hémangiomes les plus profonds.