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Mon enfant doit-il consulter un allergologue en cas d'eczéma atopique?

Dr Michèle Sayag
Allergologue
Dr Michèle Sayag France

Chez les patients atteints de dermatite atopique (DA), le bilan allergologique n’est pas une obligation : il n’est pas utile pour faire le diagnostic de la maladie, ni pour traiter efficacement le malade. Mais il peut se révéler nécessaire dans certaines circonstances particulières par exemple lorsqu’on suspecte le rôle aggravant de facteurs allergiques sur l’eczéma. Le Dr Sayag nous explique en quoi consistent ces tests et dans quels cas ils peuvent se révéler utiles.

Chez les patients atteints de dermatite atopique, le bilan allergologique n’est pas une obligation

Dans quels cas l’exploration allergologique est-elle recommandée ?

 Il n’est pas utile de faire un bilan allergologique à tous les enfants atopiques, confirme le Dr Sayag, qui détaille les 3 situations où les tests sont justifiés:

1. Lorsque l’eczéma atopique ne s’améliore pas ou s’aggrave malgré un traitement local anti-inflammatoire adapté et correctement suivi.

2. Lorsque l’enfant porteur d’eczéma atopique ne grossit pas (cassure ou infléchissement de la courbe staturo-pondérale)

3. Lorsque l’eczéma s’accompagne de :

  • signes évoquant une allergie alimentaire (aliment ingéré ou en contact avec la peau)
  • signes respiratoire (asthme, rhinite) ou digestifs (vomissements, diarrhée)
  • signes évoquant une allergie de contact (localisations particulières : lèvres, mains, pieds, visage)

Quels sont les tests allergologiques ?

4 types de tests peuvent être pratiqués selon les cas, le Dr Sayag nous présente ci-dessous les différentes procédures et les objectifs de chacun:

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Les prick-tests ou tests cutanés : Une goutte de l’allergène est déposée sur la peau de l’avant-bras, puis traversée par une petite lancette de façon à faire pénétrer l’allergène dans la peau. Ce test explore l’allergie immédiate : la lecture du test est faite 15 à 20 mn plus tard. L’apparition d’une papule (bouton) et d’une rougeur correspond à un test positif. Les allergènes testés sont aéroportés (présents dans l’atmosphère : acariens, poils d’animaux, pollens, moisissures) ou alimentaires (lait de vache, blanc d’œuf, arachide, noisette, poisson, fruits à coque…).

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Le dosage d’immunoglogines E (IgE) dans le sang, anticorps spécifiques qui se développent vis-à-vis de certains allergènes respiratoires ou alimentaires.

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Le test de provocation orale réalisé uniquement en milieu hospitalier (pour des raisons de sécurité), consiste à administrer des doses progressives d’un aliment suspect d’allergie. La seule façon d’affirmer l’authenticité d’une allergie alimentaire.

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Les tests épicutanés ou patch-tests réalisés quand une allergie de contact est suspectée. Ils explorent l’allergie retardée. On teste d’abord la Batterie Standard Européenne (ICDRG) : une trentaine d’allergènes les plus fréquemment en cause dans les allergies de contact (métaux comme le nickel, parfums, conservateurs, médicaments, ingrédients cosmétiques comme baume du Pérou ou lanoline…), puis éventuellement des batteries spécifiques. Les tests sont appliqués sous occlusion pendant 48h à 72h. La reproduction d’un eczéma en miniature correspond à un test positif. La lecture est faite à 48 h et à 72h. Dans une étude récente (2018), les allergènes les plus fréquemment en cause chez l’enfant atopique sont le nickel, la méthylchloroisothiazolinone et la cocamidopropylbétaïne. Le perçage des oreilles chez l’enfant atopique peut être à l’origine d’une allergie au nickel.

Comme le précise le Dr Sayag, les résultats des tests doivent être interprétés avec prudence : « un test positif traduit une sensibilisation à un allergène mais ne correspond pas forcément à une allergie avérée. Il faut toujours vérifier la pertinence clinique d’un test positif. Lorsqu’un test positif s’avère pertinent, l’éviction de l’allergène peut permettre d’espérer une amélioration de l’état cutané mais le niveau d’amélioration est variable en fonction des signes cliniques et du type d’allergène. »

Un test positif traduit une sensibilisation à un allergène mais ne correspond pas forcément à une allergie avérée

Les points-clés à retenir

  • Le bilan allergologique n’est pas systématique en cas de dermatite atopique, il est réservé à certains cas bien précis.
  • Un bilan allergologique complet peut s’appuyer sur 4 types de tests différents
  • Un test positif peut montrer une sensibilisation à un allergène sans qu’il y ait forcément allergie.

Sources
Conférence de consensus – Prise en charge de la dermatite atopique de l’enfant.  Ann Dermatol Venereol 2005, 132 : 82-91
F. RANCÉ Quelle est l’utilité des examens complémentaires pour le diagnostic et la prise en charge de la dermatite atopique ? mt pédiatrie 2007, 10 : 69-80
J. ROBERT Vivre mieux avec les allergies de l’enfant. Odile Jacob, 2012
OZCEKER D, HASALK F, DILEK F, SIPAHI S, YUCEL E, GULER N, TAMAY Z Contact sensitization in children with atopic dermatitis. Allergol Immunopathol 2018 Sep 4: S0301-0546(18)30100-9

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